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Salons du livre annulés

Dernière mise à jour : 6 juil. 2021

Les temps sont durs pour le monde de l'édition, et plus particulièrement les auteurs et les petits éditeurs. Librairies fermées et salons du livre annulés n'ont pas aidé les ventes de livres. Résultat, une politique éditoriale au ralenti voire à l'arrêt complet, en attendant que le cours des choses revienne à la normale...

Combien de livres ont vu leur date de publication reportée voire ajournée? Les auteurs se demandent si ça vaut encore la peine d'écrire, vue la frilosité des éditeurs en ce moment.

Et les petits éditeurs, dont nous sommes, qui ne sont pour la plupart pas diffusés en librairie et qui vendent principalement leurs livres en direct, sur les salons du livre ou sur leur site internet, sont à la peine.

Dans ce domaine, il n'y a aucune visibilité sur le calendrier des prochains mois. La plupart des organisateurs de salons ont préféré jeter l'éponge, et on peut les comprendre. Pass sanitaire, désinfection, jauge à respecter, autant de contraintes qu'ils ne pouvaient pas appliquer. Les salons ont tous été annulés à partir de mars 2020, et le retour à la normale n'est pas pour tout de suite.

Certains organisateurs de salon ont contourné la difficulté en proposant une formule différente: salon en extérieur lorsque le temps et le décor s'y prêtait. C'est ainsi qu'on a vu des salons fleurir en juin, obligeant les éditeurs à faire des choix cruels car tous les salons avaient lieu aux mêmes dates. Pour notre part, nous avons eu le plaisir de participer au salon de Mennecy, commune qui a l'avantage de disposer d'un magnifique parc et d'une équipe appuyée par la mairie, qui se donne les moyens d'organiser les choses en grand.

D'autres organisateurs ont fait un choix différent, celui de faire un salon "light", avec quelques conférences et des auteurs peu nombreux triés sur le volet, invités par des librairies. Ce genre de salon a eu le mérite de proposer quand même quelque chose au public, mais pour les petits éditeurs forcément évincés de ce type de manifestation, c'était une catastrophe.

L'ennui, c'est que certains en ont profité pour remanier complètement l'organisation de leur manifestation et décidé d'adopter définitivement cette façon de faire! La volonté de certains élus de redorer leur blason avec une manifestation plus haut de gamme et l'éternel antagonisme des libraires et des petits éditeurs ont gagné à certains endroits de France.

Je m'explique. Des élus considèrent que le salon du livre de leur ville peut être un tremplin, une vitrine prestigieuse qui fasse parler d'eux. Ils cherchent alors à organiser un évènement "qui en jette" pour bénéficier de sa publicité et de son aura. C'est le cas du salon "La 25ème heure du livre", au Mans, une manifestation qui existe depuis des décennies et qui a toujours été un grand moment populaire et bon enfant, qui mélangeait têtes d'affiche et petits éditeurs, catégorie adulte, BD et jeunesse, voire associations de la ville, et drainait des dizaines de milliers de lecteurs attirés par l'extraordinaire diversité de cette manifestation. Combien de gens petits lecteurs voire pas lecteurs du tout ont été conquis par un roman, un essai ou un beau livre, simplement parce que les piles de bouquins les avaient attirés dans cette immense foire joyeuse ou parce qu'ils avaient discuté avec l'auteur? Mais l'édile du Mans a décidé que cette période était révolue et veut faire du prochain festival un évènement qui rejoindra la cour des grands, les salons de Paris ou de Brive. Les libraires se frottent les mains, il n'y aura que du beau monde, et plus aucune concurrence des petits éditeurs, à qui il ne reste que leurs yeux pour pleurer. Victime collatérale, l'association qui depuis tant d'années se dévouait pour organiser le salon. réduite au rôle de larbins juste bons à réserver les nuits d'hôtel des heureux auteurs invités, ils ont préféré démissionner, et on les comprend. Il faut dire qu'à manifestation grande classe correspond aussi une organisation de luxe: à présent, l'évènement sera organisé par une agence d'évenementiel qui sera largement rétribuée, à hauteur de quelques dizaines de milliers d'euros.

D'autres salons ont eu la tentation de réduire la voilure pour éviter les embêtements dus au Covid tout en montant en gamme. Pourvu que ce ne soit que provisoire et que leur salon redevienne la gaie rencontre entre des éditeurs venus de partout et proposant de tout, loin des publications mainstream de l'édition ayant pignon sur rue.

Quant aux libraires, qui voient souvent d'un mauvais oeil la concurrence d'éditeurs qui encaissent directement le produit de leurs ventes et qu'ils considèrent comme des empêcheurs de gagner leur croûte, ils devraient se rappeler que la plupart des lecteurs de leur ville préfère encore venir acheter leurs livres chez eux plutôt que sur A*...

S'ils sont satisfaits des livres achetés chez les petits éditeurs, ils viendront commander la suite chez les libraires. C'est du gagnant-gagnant.

Maintenant nous prions pour que les quelques courageux salons d'automne qui n'ont pas été annulés aient lieu, il en va de la survie de notre profession. Et en attendant, nous nous diversifions et tentons les marchés historiques, fantasy ou médiévaux, en espérant que leurs visiteurs compteront un maximum de lecteurs! Et nous élargissons contraints et forcés notre "visibilité sur les réseaux sociaux", même si c'est un monde que nous connaissons peu. Hauts les coeurs!


Isabelle Marchand, responsable des publications aux éditions Le pont du vent



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